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Fendelkrais et Dyspraxie

admin 3 minutes de lecture

La dyspraxie est souvent décrite comme un trouble de la coordination motrice. Pour un professeur de danse, cette définition semble annoncer une incompatibilité fondamentale. Et pourtant, la Méthode Feldenkrais — née de la réhabilitation neurologique — ouvre des perspectives radicalement différentes sur ce que signifie « apprendre à bouger ».

Qu’est-ce que la Méthode Feldenkrais ?

Développée par Moshé Feldenkrais dans les années 1950, la méthode repose sur un principe simple mais révolutionnaire : le système nerveux apprend par l’exploration consciente du mouvement, pas par la répétition mécanique. Plutôt que de corriger une posture ou un geste par l’imposition externe, le Feldenkrais invite l’élève à ressentir ses propres schémas et à découvrir des alternatives depuis l’intérieur.

Les séances de « Prise de conscience par le mouvement » (PCM) guident les participants à travers des séquences de gestes lents, inhabituels, souvent inattendus — précisément pour déjouer les automatismes et réveiller l’attention proprioceptive.

Pourquoi c’est particulièrement pertinent pour la dyspraxie

L’élève dyspraxique ne manque pas d’intention motrice. Son cerveau sait ce qu’il veut faire. La difficulté réside dans la planification et l’exécution séquencée du geste — ce que les neuropsychologues appellent la « praxie ». La répétition mécanique d’un geste chorégraphique, telle qu’elle est pratiquée dans l’enseignement classique, renforce souvent les maladresses parce qu’elle met l’élève en échec sans lui donner les outils pour comprendre ce qui coince.

Le Feldenkrais, en revanche, réduit la pression de la performance et amplifie l’écoute interne. L’élève cesse de se comparer à un modèle externe et commence à cartographier son propre corps en mouvement. Ce changement d’orientation — de l’imitation à l’exploration — est souvent ce qui débloque là où des mois de répétition n’avaient rien produit.

Applications concrètes dans le cours de danse

  • Introduire le mouvement par le sol — les leçons au sol réduisent la complexité gravitationnelle et permettent à l’élève de ressentir les appuis et transferts de poids sans la peur de tomber.
  • Ralentir radicalement — demander à l’élève de faire un mouvement « aussi lentement que possible » active une attention proprioceptive que la vitesse normale anesthésie.
  • Dissocier avant d’assembler — travailler séparément chaque segment corporel (bassin, colonne, épaule) avant de demander une coordination globale.
  • Nommer les sensations, pas les erreurs — remplacer « non, ce n’est pas ça » par « qu’est-ce que tu ressens dans ta hanche à ce moment ? »

Ce que cela demande à l’enseignant

Intégrer le Feldenkrais dans son cours de danse demande de l’enseignant une reconversion partielle de son attention : moins surveiller la forme externe du geste, plus accompagner le processus d’exploration interne. C’est aussi accepter que les progrès soient non-linéaires — un élève dyspraxique peut soudainement intégrer un mouvement après des semaines de stagnation apparente, précisément parce que le système nerveux avait besoin de ce temps d’exploration silencieuse.

Dans la formation InnoVaDys « Danse & Neurodiversité », nous consacrons une journée entière à l’expérimentation du Feldenkrais — non pas comme une technique à reproduire mécaniquement, mais comme une posture pédagogique à intégrer.

« Quand un élève dyspraxique trouve une qualité de présence dans le mouvement, c’est qu’on lui a enfin proposé un langage dans lequel son corps peut répondre. »

Ewen Daviau

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